jeudi 9 mars 2017

CHRISTIAN BOBIN - Autoportrait au radiateur

"La mort tombe dans la vie comme une pierre dans un étang : d’abord, éclaboussures, affolements dans les buissons, battements d’ailes et fuites en tout sens. Ensuite, grands cercles sur l’eau, de plus en plus larges. Enfin le calme à nouveau, mais pas du tout le même silence qu’auparavant, un silence, comment dire : assourdissant."



vendredi 3 mars 2017

CE QUI A CHANGE EN FRANCE

Malgré le fait que tout ce qui se rapproche du deuil périnatal reste encore tabou, que la société ne sait pas encore trop comment s’y prendre, il est un fait, les choses changent tout de même en France, depuis quelques années.




Beaucoup d’associations et de parents militent dans ce sens. Obtenir une reconnaissance est primordiale pour avancer dans le pénible processus du deuil. Négliger cette reconnaissance rend le deuil plus pénible encore pour les parents. Incompris, ils peuvent avoir un sentiment de rejet face à la société. Les gens ne se doutent pas de l’impact qu’a eu le passage de ce petit-être dans la vie des parents. Ce douloureux événement ne doit pas être minimisé.

Tous ces acteurs du domaine du deuil périnatal veulent faire changer les mentalités. Tous veulent faire reconnaître une existence légitime à leur enfant.


Pour faire le point, d’abord quelques chiffres :

Le deuil périnatal concerne aujourd’hui en France, environ 1% des naissances chaque année, soit environ 7000 bébés par an, donc 20 bébés par jour.


La mort périnatale intervient sous différentes formes :

- La MFIU : Mort Fœtale In Utéro

- L'accouchement prématuré : les bébés ne survivent que quelques secondes, quelques heures ou quelques jours.
- L'IMG : Interruption Médicale de Grossesse, lorsque le bébé présente un souci, une malformation, une maladie, l'empêchant de pouvoir vivre.
- On peut également y inclure les fausses couches.



Encore une fois, la douleur de la perte d’un bébé ne se mesure pas au nombre de mois de grossesse ou de jours de vie. La perte d’un petit bébé n’est pas un petit deuil.


Alors, qu’est-ce qui a changé ?


Le 30 novembre 2001, une circulaire apportait déjà les premières modifications quant à la reconnaissance de ces tout petits. Elle abaissait ainsi le seuil des 28 semaines à 22 semaines pour les enfants nés sans vie. Concrètement, cette circulaire prévoit que lorsque les enfants naissent sans vie à compter de la 22 SA (ou 500g minimum), un acte d’enfant sans vie est délivré, il est inscrit à l’état civil et la dotation d’un prénom officiel devient alors possible. L’inscription sur le livret de famille est également réalisable.



Depuis 2008, le seuil des 22 semaines est descendu à 14 semaines révolues pour les enfants nés sans vie. L’inhumation est possible par les familles mais si elles ne se sentent pas capables de le faire, l’établissement a obligation de procéder à une crémation dans un crématorium. Cela semble une évidence et pourtant il aura fallu attendre ce décret pour que ces tout petits bébés, qui ne sont plus des embryons mais des fœtus (terme médical consacré jusqu’au jour de la naissance) soient considérés comme des êtres humains et non plus comme des déchets organiques.

Autre révolution, la délivrance d’un livret de famille devient possible pour tous les couples, qu’ils soient mariés ou non. La famille peut désormais se charger elle même de l’inhumation si elle le souhaite et les mamans peuvent prétendre au congé maternité même si parfois, faire appliquer ce droit demande une argumentation lourde et éprouvante pour les parents pas toujours entendus.

On note aussi cette même année, qu’une première ébauche de recommandations d’accompagnement des familles voit le jour. Une avancée importante dans la reconnaissance de ces bébés qui étaient considérés jadis comme des « déchets médicaux ».
Il faut également savoir que toutes les mesures ci-dessus sont rétroactives pour tous les bébés nés après le 11 janvier 1993. Ainsi tous les parents concernés peuvent faire la demande d’un livret de famille ou faire ajouter leur bébé disparu après 14 SA révolues.
Certaines communes acceptent même de remonter plus loin quand elles disposent des éléments nécessaires.

Autant de tout-petits qui peuvent retrouver la place qui leur était dévolue dans la fratrie. Autant de tout-petits à qui on donne une existence au cœur de leur famille.

lundi 27 février 2017

MA BIBLIOTHEQUE 1 : "L'Instinct de Vivre", de Laëtitia Lycke


Quand j’ai perdu mon bébé, je me suis sentie perdue et seule dans ma douleur. J’avais l’impression que personne ne me comprenait. Les mots me manquaient pour hurler ma souffrance.

Petit à petit je me suis tournée vers des témoignages écrits. Tous aussi déchirants les uns que les autres, ils m’ont permis de mettre des mots sur mes émotions. Quelque part, ils aident à avancer. Le but de ces personnes qui écrivent leur histoire n’est pas de faire pleurer dans les chaumières mais de partager leurs sentiments et émotions pour se sentir moins seul.

Pour moi, lorsque j’ai commencé à écrire, c’était un véritable déversoir à mon désespoir. Ecrire au quotidien m’a aidé à me vider de mes émotions que je ne contrôlais alors pas du tout. Et puis, je ne voulais rien oublier de ce qui a fait ce que je suis aujourd’hui. On ne veut plus souffrir mais on ne veut pas oublier pour autant. C’est là tout le paradoxe de la douleur. On pense qu’en continuant à souffrir on n’oubliera pas notre enfant. Il faut du temps pour assimiler qu’on peut à nouveau sourire, à nouveau faire des projets sans pour autant oublier ce qui s’est passé. Cette épreuve nous construit différemment dorénavant.


On a souffert, on souffre même encore mais il existe une porte au loin qui s’ouvre peu à peu sur l’espoir. Les larmes se font un peu moins chaudes et l’envie de reprendre le dessus pointe enfin à l’horizon. C’est un combat c’est vrai, mais il peut se gagner.

Alors puisque tous ces différents témoignages m’ont tous apporté quelque chose, je vous en parlerai de temps en temps par le biais d’un article.


Pour ce premier volet, j’aimerai évoquer le témoignage de Laëtitia Lycke, L'Instinct de Vivre.




Cette jeune femme, maman de quatre enfants dont un petit garçon, Gabriel, qui s’est envolé pendant sa toute première grossesse. Son témoignage est poignant. Elle a dû faire face à son propre accouchement à seulement cinq mois et demi de grossesse. Loin de chez elle, en plein voyage de noces avec son époux, on imagine très facilement l’angoisse qu’elle a dû vivre pendant ces horribles moments. Mais elle raconte également comment elle a su reprendre le dessus pour vivre et ne pas partir rejoindre son fils.


Par le biais de son livre, elle nous laisse sur une touche positive, nous encourageant à avancer sur notre propre chemin de deuil.




C’est le premier témoignage sur le deuil périnatal que j’ai lu. J’en ai eu le souffle coupé car tout de suite je me suis dis : « Elle, elle pourrait me comprendre. Elle a eu les mêmes sentiments que moi. » Tout cela pour dire, qu’on se sent un peu moins seul. Les autres apportent une aide réelle qui ne faut surtout pas négliger. Trouver des personnes qui pourront mettre des mots sur nos émotions nous fait avancer.

vendredi 17 février 2017

QU'EST-CE QUI PEUT AIDER A AVANCER ?

On sait maintenant que l’on passe par plusieurs étapes pendant le deuil. Pendant cette difficile période, on peut chercher de l’aide pour avancer. Concrètement qu’est-ce qui peut nous aider sur ce chemin ?

Ne Surtout Pas Rester Seul Face à Sa Douleur




C’est indispensable, ne pas rester seul et ne pas garder cette douleur pour soi. Il est impératif de trouver une oreille attentive. Etre entendu fait tant de bien. Pour cela, on peut trouver des personnes à votre écoute auprès de sa famille, de ses amis, de voisins, de collègues…
Il ne faut pas avoir peur d’en parler autour de soi, au contraire perdre un enfant ou faire une fausse couche ne doit pas être un sujet tabou.

Il existe également des groupes de parole présent un peu partout en France. Je vous donnerai quelques associations de bénévoles et groupes de parole dans un prochain article.
Ces associations ou groupes d’entraide sont formés à la relation d’aide. En plus de vous libérer de votre fardeau, vous y rencontrerez d’autres personnes ayant vécu ce drame, vous vous sentirez alors mieux compris et moins seul.

Soi-Même




On peut aussi tenter de chercher ce qui nous apaise personnellement. Ce peut être aller marcher dans la nature, pratiquer une activité physique ressourçante (Pilates, yoga…), prier, écouter de la musique, jardiner… Bref, chercher autant de pistes susceptibles de vous apaiser pendant les moments d’angoisse ou de manque.

Il faut également s’autoriser à voir votre famille, vos amis. Sortir n’est pas devenu interdit. Même si au départ, on n’éprouve pas du tout le besoin de se joindre au reste du monde, il faut aller vers les autres et éviter impérativement l’isolement qui ravive les souvenirs et la blessure.

Les Professionnels




Tout un répertoire d’accompagnants existe pour vous apporter l’aide dont vous avez besoin pour faire face. Psychiatre, psychologue, sophrologue, médecin… sont une très bonne solution envisageable. Il est très souvent nécessaire de passer par la thérapie pour se reconstruire du deuil périnatal et voir l’avenir un peu moins sombre.





Enfin, beaucoup de parents le disent et c’est vrai, il faut du temps. Du temps, non pour oublier, mais pour apprivoiser le manque, l’absence, la douleur. Du temps pour que le travail de deuil se fasse progressivement.




Cette épreuve nous a rendu fragile mais la reconstruction est possible. Pour cela il faut le vouloir et petit à petit trouver ce qui nous permettra d’avancer sur le long chemin de la guérison.



mercredi 1 février 2017

LE COUPLE APRES ÇA ?!


Après la perte d’un enfant, on peut se demander ce que devient la relation de couple dans tout ça. Ce n’est pas une question inutile surtout quand on sait que 8 couples sur 10 se séparent, car les parents n’affrontent pas la douleur, la perte, le manque et la tristesse de la même manière. Chacun avance à son rythme dans le processus du deuil ce qui peut créer un écart au sein du couple.

Il est également vrai que dans un premier temps, le deuil resserre les liens entre les parents. On se raccroche à l’autre comme à une bouée de sauvetage, mais si on ne veille pas, cela peut basculer.




Il ne faut surtout pas essayer d’interpréter la douleur de son conjoint (« Il ne pleure pas donc il souffre moins… » ou « « Elle n’en parle plus elle arrive donc à avancer… ») Parfois, on s’enferme dans un silence difficile à expliquer. Cela ne signifie pas pour autant qu’on ne ressent rien, ou que nous sommes passés à autre chose.

Cette douloureuse situation entraîne des incompréhensions et des non-dits. Tout cela à l’intérieur de notre cœur nourrit des rancœurs qui peuvent ressortir aux moments les moins opportuns.

Tout comme forcer son conjoint à en parler, à avoir des réponses à nos questions n’est pas une bonne chose. Il est préférable d’attendre qu’il ou elle soit prêt à cela. Encore une fois, on ne vit pas la douleur de la même manière au même instant.

La patience et la bienveillance restent les secrets pour aider le couple à passer cette douloureuse étape. Si le père n’arrive pas à en parler avec nous, il peut être profitable qu’il s’en exprime à une tiers personne ou à un thérapeute. Et si la mère, elle, a besoin d’en discuter pour vider son cœur mais que son mari n’est pas enclin à cela, il faut qu’elle l’accepte et le comprenne. Là encore une tiers personne peut l’aider.




Une autre démarche peut apporter une aide aux parents : la thérapie de couple. Rencontrer un thérapeute ou psychologue ensemble pour aider à mettre des mots sur ce chagrin, peut aider à se reconstruire petit à petit, de cette perte.

Par contre, ce qui est essentiel à savoir c’est que chacun des deux parents devra passer par l’étape du deuil pour avancer. Reprendre le cours de sa vie en pensant qu’il faut passer à autre chose ne fait de vous qu’une bombe à retardement. Tôt ou tard, ça devra sortir.

Et puis, le positif dans le fait que le couple avance chacun à son rythme, c’est que lorsque l’un ne va pas bien, l’autre le soutien. Et vice versa. Se soutenir réciproquement quand l’autre s’effondre est primordial pour le couple.